« Mais pourquoi je retiens mes coups ? »
Pourquoi certains joueurs n'arrivent plus à lâcher leurs coups en match
« Mais pourquoi je retiens ? »
« Ce n’est pas grave », répond le coach.
« Bah si. »
Cette conversation, je l’ai réellement entendue au bord d’un terrain de tennis.
Elle ne dure que quelques secondes, mais elle pose une question que beaucoup de joueurs connaissent :
Pourquoi suis-je capable de lâcher mes coups à l’entraînement et plus du tout en match ?
À l’entraînement, le joueur frappe, accélère, tente.
Puis arrive le match.
Le score apparaît. Les points comptent. Les erreurs ont des conséquences.
Et progressivement, quelque chose change.
Le bras se crispe.Le geste devient moins naturel.Le joueur commence à accompagner la balle plutôt qu’à la frapper.
Il retient.
Et souvent, il ne comprend pas pourquoi.
« Pourtant, à l’entraînement, je le fais très bien »
C’est probablement l’une des situations les plus frustrantes pour un joueur.
À l’entraînement, tout fonctionne.
Le coup droit part bien. Le joueur traverse la balle. Il prend des initiatives. Il joue avec relativement peu d’hésitation.
Alors, lorsqu’il n’y arrive plus en compétition, la première réaction consiste souvent à chercher une explication technique :
« Avance davantage. »« Traverse ta balle. »« Relâche ton bras. »« Engage-toi. »« Arrête de retenir. »
Ces indications peuvent être techniquement justes.
Mais elles ne répondent pas forcément à la vraie question du joueur :
Pourquoi est-ce que je retiens ?
Car s’il sait parfaitement accélérer son coup droit à l’entraînement, le problème n’est peut-être pas simplement de savoir comment frapper la balle.
Il faut aussi comprendre ce qui change lorsque cette même balle est jouée à 30-30 dans un match.
En match, la faute n’a plus la même signification
Une balle dans le filet à l’entraînement ?
On prend la suivante.
Cette même balle à 5-5, 30-30 ?
Elle peut être vécue complètement différemment.
Techniquement, le geste demandé est pourtant similaire.
Ce qui a changé, c’est l’enjeu que le joueur associe à son action.
Il ne voit plus seulement une balle à jouer.
Il voit également la possibilité de faire une faute.
De perdre le point.
De perdre le jeu.
Peut-être le set.
Peut-être le match.
Et lorsque ne pas rater devient plus important que bien jouer, une stratégie assez logique peut apparaître :
contrôler davantage.
Je ne veux pas rater… alors je contrôle
Le raisonnement peut sembler parfaitement cohérent :
« Si j’accélère, je risque de rater. »
Alors le joueur met un peu moins de vitesse.
Il assure davantage.
Il contrôle son geste.
Mais quelque chose d'intéressant peut alors se produire.
En cherchant à sécuriser son jeu, il modifie justement les sensations qui lui permettent habituellement de bien jouer.
Le geste devient moins fluide.
La balle avance moins.
L’adversaire dispose de davantage de temps.
Le joueur ressent moins bien son coup.
Et le doute augmente.
Un cercle peut alors s’installer :
Peur de rater → je retiens → je perds mes sensations → je doute → je contrôle davantage → je retiens encore plus.
Le joueur essayait pourtant de résoudre un problème.
Mais sa solution finit parfois par l’amplifier.
« Ce n’est pas grave »
Revenons maintenant à cette conversation.
Lorsque le coach répond :
« Ce n’est pas grave. »
Il cherche probablement à rassurer son joueur.
Et son intention est parfaitement compréhensible.
Seulement, le joueur répond :
« Bah si. »
Et c’est peut-être la partie la plus intéressante de toute la conversation.
Parce que pour lui, c’est grave.
Lui dire que ça ne l’est pas ne change donc pas nécessairement ce qu’il vit.
On pourrait alors essayer une autre question :
« Qu’est-ce qui fait que c’est grave pour toi ? »
Et la réponse sera différente selon les joueurs.
Qu’y a-t-il derrière ce geste retenu ?
Il n’y a pas forcément une seule explication.
Cela peut être la peur de faire une faute.
La peur de perdre.
L’envie de trop bien faire.
Le poids du score.
Le regard de l’entraîneur ou des parents.
Une baisse de confiance.
Une attention devenue excessive sur la technique.
Ou simplement quelque chose que le joueur n’a pas encore réussi à identifier.
C’est précisément pour cette raison qu’il peut être intéressant de ne pas donner immédiatement une solution.
Avant de chercher à modifier le comportement, essayons de comprendre à quoi ce comportement répond.
Retenir ses coups n’est peut-être pas le problème
C’est une distinction importante.
Le joueur qui retient son coup ne décide pas nécessairement consciemment :
« À partir de maintenant, je vais mal jouer. »
Il essaie peut-être simplement de répondre à une situation qu’il perçoit comme dangereuse.
Il veut éviter la faute.
Éviter de perdre.
Se rassurer.
Reprendre le contrôle.
Vu sous cet angle, retenir son coup n’est plus uniquement un défaut à supprimer.
C’est aussi une information.
Quelque chose vient de changer dans la manière dont le joueur vit la situation.
Et c’est là que le travail mental devient particulièrement intéressant.
Peut-on apprendre à jouer malgré cette peur ?
L’objectif n’est pas forcément de réussir à faire disparaître toutes les pensées négatives, la peur de rater ou la tension avant de recommencer à jouer.
Parce qu’en compétition, l’enjeu existe.
La peur peut exister.
Le doute peut exister.
La question devient alors :
Comment continuer à jouer lorsque tout cela est présent ?
Comment accepter la possibilité de rater tout en continuant à s’engager ?
Comment conserver une intention de jeu lorsque le score devient important ?
Comment arrêter d’attendre de se sentir parfaitement en confiance pour oser ?
C’est aussi cela, travailler son mental.
Pas nécessairement devenir un joueur qui n’a plus peur.
Mais devenir un joueur capable de continuer à agir malgré ce qu’il ressent.
Avant de chercher à changer, cherchons à comprendre
La prochaine fois qu’un joueur dit :
« Je retiens mes coups. »
La première question n’est peut-être pas :
« Comment faire pour qu’il arrête ? »
Mais plutôt :
« Qu’est-ce qui se passe pour lui à ce moment-là ? »
Parce que derrière un bras qui se crispe ou un coup droit qui n’avance plus, il n’y a pas toujours un problème de coup droit.
Il y a parfois un joueur qui essaie simplement de ne pas rater.
Et comprendre cela peut complètement changer la manière de l’accompagner.
Le travail mental commence souvent ici : comprendre ce qui se passe avant de chercher à le changer.



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